Il faut comprendre que tout puait la mort. Tout puait tellement la mort chez mon
père que j'ai commencé à écrire sur son cadavre de son vivant. Le soir, pour me
soulager de son lent suicide par l'alcool, pour ne pas devenir plus violente que
je ne l'étais déjà avec lui, et moi-même, par une sordide et ordinaire
impuissance, je prenais mon stylo et je le tuais. Et puis, il est mort. Pour de
vrai. Et je n'ai plus écrit. Le soulagement de ne plus devoir supporter cette
laideur n'a pourtant pas suffi. Il fallait remettre de la beauté là où tout
avait été sali. Et c'est comme ça qu'un jour, je suis devenue thanatopractrice.