Turcaret, ancien domestique devenu un riche financier trompeur et sans
scrupules, fait bénéficier de ses prodigalités une Baronne qu'il aime et qui en
fait à son tour profiter un jeune Chevalier dont elle s'est entichée. Grugé par
tous, démasqué puis ruiné, il finit aux mains de la justice, tandis que le valet
Frontin empoche son argent et triomphe : "Voilà le règne de Monsieur Turcaret
fini ; le mien va commencer." L'étincelante pièce de Lesage est ainsi, en
1709, le miroir d'une époque où aristocrates désargentés et riches bourgeois
partagent les mêmes distractions tandis que leurs valets songent à quitter la
domesticité pour s'établir. Deux ans plus tôt, dans une petite pièce en un acte,
Crispin se faisait le rival de son maître pour courtiser une jeune fille dont il
empocherait la dot à sa place. Deux comédies de l'argent qui circule avec la
même légèreté que les paroles dans un monde de fourberies allègres où l'on dupe
à l'envi.