S'il écrit peu de poèmes, formellement parlant, Christian Bobin est sans doute
l'un des écrivains contemporains qui sait au plus juste mettre en oeuvre
l'injonction d'habiter poétiquement le monde, injonction proférée jadis par
Hölderlin. Avec lui, pas de faux-semblants, aucun réflexe de litttérateur, mais
un engagement de l'être dans le temps même de la vie, et une parole qui a
pouvoir de viatique. Les textes rassemblés dans ce volume ont tous ce supplément
d'âme et de lumière qui, non seulement fait escorte, mais invente des routes
imprévues, des clairières inespérées, sans jamais occulter les épreuves, les
alarmes ni les deuils. "Je suis né dans un monde qui commençait à ne plus
vouloir entendre parler de la mort et qui est aujourd'hui parvenu à ses fins,
sans comprendre qu'il s'est du coup condamné à ne plus entendre parler de la
grâce", écrit Christian Bobin dans La Présence pure. Et cette grâce qu'il
préserve au bord de la mort comme sur le visage de l'amour, il s'en fait le
guetteur, le sourcier, et il a comme personne les mots pour l'éveiller.