Nouvelle édition de cet album à succès! Un livre est un monde dans le monde.
Pour passer de l’un à l’autre, on traverse une frontière invisible. Mais dans le
livre lui-même, il y a d’autres frontières, par exemple celle qui sépare la page
de gauche de la page de droite, rendue visible par le pli de la reliure. Ainsi
le livre est-il un objet idéal pour dire quelque chose sur les notions de
frontière, de passage, de pouvoir, de liberté de circulation et bien sûr… de
pensée. En l’occurrence, Isabel Minhos Martins et Bernardo P. Carvalho utilisent
les caractéristiques physiques du livre pour traiter de façon magistrale cette
problématique à partir d’une idée très simple et d’une grande efficacité: ils
mettent en scène un général du genre dictateur qui décide d’interdire à
quiconque de passer de la page de gauche à la page de droite. Pour cela, il
place un milicien à la frontière, c’est-à-dire au niveau de la reliure. Soucieux
d’appliquer la consigne « à la lettre », celui-ci interdit strictement le
franchissement de la ligne de démarcation. Conséquence : peu à peu les passants
(au sens fort du terme) s’accumulent sur la page de gauche, tandis que celle de
droite reste absolument vierge. « Absolument », oui, à l’image de ce pouvoir
absolu qui dicte sa volonté de façon arbitraire. Et l’absurdité d’une telle
décision, grâce au dispositif graphique, saute littéralement aux yeux de
n’importe quel lecteur. Mais que va-t-il se passer à partir du moment où des
enfants qui jouent sur la page de gauche vont lancer leur ballon par mégarde
dans la zone blanche de la page de droite? Serait-ce le début de la
révolution?...