La France de 1870 à 1914 entame un temps de la politique qui se confond
largement avec la République. Après une première décennie marquée par la guerre
étrangère et intérieure, la domination des monarchistes et des combats pour la
liberté, celle-ci s'affirme comme une possibilité de démocratiser le pouvoir et
la société. La dynamique politique qui s'instaure à partir de 1878 dans la jeune
IIIe République ne se limite pas en effet à la vie des institutions, à la
pratique gouvernementale ou à l'exercice du suffrage. Des questions nouvelles
sont posées aux Français qui s'en emparent et imaginent leur République. Les
ambiguïtés des républicains n'en demeurent pas moins fortes comme le montre la
tentation de répression des mouvements sociaux, des avant-gardes intellectuelles
ou des luttes civiques. Les oppositions nationalistes et même antisémites,
restent elles aussi toujours vives et menacent à plusieurs reprises, comme
durant la crise boulangiste et pendant l'affaire Dreyfus, ce processus
fondamental de démocratisation qui irrigue une société, un pays, des univers, et
que restituent discours, articles et oeuvres d'art. La République imaginée
raconte et explique ce moment politique de la France qui, par sa richesse, sa
profondeur et sa complexité, constitue un volet essentiel de la France
contemporaine et de sa modernité sociale autant que culturelle.Bornée pourtant à
l'origine par la guerre de 1870 et la Commune et à la fin par le conflit
européen déclenché en 1914, la France de 1870 à 1914 est parvenue à s'extraire
de ces engrenages, inaugurant une « Belle Époque » qu'avait préparée une riche «
fin de siècle ». L'ouverture au monde - que ne résumait pas une colonisation
impériale et destructrice - l'expérience politique, les engagements
démocratiques, les expériences sociales, la découverte des espaces et des temps
fondent une histoire à écrire et décrire ici. Elle est constitutive du présent
et de l'avenir.