"Oui, jusqu'au bout de sa vie, et avant ce dernier chef-d'oeuvre que sera Morale
élémentaire, Queneau est resté poète, dans cette étrange zone intermédiaire où
le lyrisme et la satire font bon ménage. Une oeuvre qui se mérite, car ses
vertus de séduction trop évidentes cachent souvent sa profondeur. Une
sensibilité qui rougirait de s'exhiber, un sens du comique qui sert d'exorcisme.
Une modernité qui se paie le luxe d'utiliser encore le vieil alexandrin ou le
sonnet prétendument disparu de la poésie moderne, un goût des mots inséparable
d'une appréhension dramatique de l'existence et du monde. Questions multiples,
légèrement posées, et si lourdes ! Qui a mieux que lui, dans la poésie
française, illustré l'esthétique préconisée par Apollinaire en 1917, dans sa
conférence sur "L'Esprit nouveau et les poètes" ? : "Il n'est pas besoin pour
partir à la découverte de choisir à grand renfort de règles, même édictées par
le goût, un fait classé comme sublime. On peut partir d'un fait quotidien : un
mouchoir qui tombe peut être pour le poète le levier avec lequel il soulèvera
tout un univers."" Claude Debon.